À Tours, un jour de Noël !
(extraits de "L'enracinement - contribution à l'histoire d'une alerte sexagénaire, la Fédération de la Loire du PCF", Michel Olagnier - 1980)

"PROLÉTAIRES de tous les pays, unissons-nous". "L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes ». Inscrites en lettres blanches sur des calicots de couleur, les deux phrases qui concluent le célèbre MANIFESTE COMMUNISTE de KARL MARX et FREDERIC ENGELS dominent la tribune de la salle du Manège où va se dérouler, à partir du 25 décembre 1920, le 18ème Congrès National du Parti Socialiste. La section de TOURS a sommairement aménagé les lieux. « Estrade de bois blanc sur tréteaux, maténel loué à un limonadier, tables et chaises pliantes en fer. Quelques guirlandes au plafond. Aux murs des portraits de JAURES".

L'ordre du Iour du Congrès est capital : le Parti Socialiste {S.F.I.O. : Section Française de l'Internationale Ouvrière, ou IIème Internationale) doit-il adhérer à l'Internationale Cornrnuniste ou lllème Internationale) qui s'est constituée, à l'initiative de LENINE, en mars 1919 ? Tel est le sens de la motion présentée par MARCEL CACHIN et L.O FROSSARD qui avaient assisté, à titre consultatif, au 2èrne congrès de l'Internationale Communiste, en juillet 1920. En face, deux motions : celle de LÉON BLUM qui signifie le maintien dans la llème Internationale ; celle de JEAN LONGUET qui signifie également Ie maintien dans celle-ci, mais avec l'espoir de Ia « reconstruire ». Lorsque s'ouvre Ie Congrès, toutes les Fédérations ont déjà voté et les délégués se sont vus confier des mandats impératifs. Autrement dit, les jeux sont faits quant à l'orientation du Parti. A une très forte majorité, il s'est prononcé pour la Illème Internationale. Par contre, ce qu'on ne sait pas avant le Congrès, c'est si la minorité restera au Parti Comrnuniste ou fera scission.

S'il n'est pas question ici de revenir Sur les débats passionnés qui vont opposer, dans la salle du Manège, partisans et adversaires de l'adhésion (2). Intéressons-nous surtout aux représentants du département de la Loire qui ont pris place à la gauche de la salle avec les délégués soutenant la motion CACHIN-FROSSARD. En effet, les 285 délégués, porteurs de 4.575 mandats, se sont groupés selon leurs tendances.
En cette année 1920, la Fédération de la Loire du Parti Socialiste recense 2.506 adhérents. Elle en cornptait 1.065 en 1913, avant le déclenchement de la première guerre mondiale, 425 seulement en 1918, 1 700 en 1919. Les effectifs du Parti ont donc progressé sensiblement, mais cela correspond à un phénomène national. En juillet 1914, le Parti Socialiste comptait 93.000 membres, mais à la fin de la guerre, en 1918, 34 000 seulement demeurent inscrits. En quelques mois, 100.000 nouveaux adhérents rejoignent ses rangs, si bien que les 96 fédérations représentées à TOURS totalisent ainsi près de 180.000 membres Cela explique que la Fédération de la Loire qui se trouvait au 17éme rang, en 1913, demeure au 18ème en 1920, malgré le gain d'environ 1 500 cartes Deux délégués la représentent au Congrès de TOURS avec 68 mandats : il s'agit de FERDINAND FAURE et JOANNES PIEGAY. On observera que le secrétaire de Ia Fédération, le camarade DELHOMME n'a pas été délégué.

FERDINAND FAURE, àgé alors de 40 ans, est déjà un politicien chevronné. Clerc de notaire dans sa jeunesse, puis imprimeur, il est le fondateur et le directeur du Iournal « LE PEUPLE". En 1919, il est élu Premier Adjoint au maire de Saint-Etienne, puis Conseiller Général de la I oire. Déjà, il a été délégué au Congrès de STRASBOURG (février 1920). C'est donc un homme en vue dans le Parti Socialiste. D'ailleurs, le Congrès de TOURS le désignera à la présidence des séances des 25 et 29 décembre C'est FERDINAND FAURE qui interviendra dans le débat, au nom de la Fédération de la Loire, expliquant pourquoi celle-ci a accordé la totalité de ses 68 mandats à la motion CACHIN-FROSSARD.

Le deuxième délégué de la Loire, JOANNES PIEGAY, est bien moins connu, Né en 1884, il exerce, à CHAZELLES-SUR-LYON la profession de voyageur de commerce et n'a pas de mandat électif. Cependant, il aurait été délégué à de précédents Congrès du Parti Socialiste, notamment à NANCY en 1907. Par la suite, nous n'entendrons plus parler de JOANNES PIEGAY, alors que FERDINAND FAURE demeura longtemps au premier plan de la vie politique dans le département.
Un troisième représentant de la Fédération de la Loire se trouve aussi dans la salle du Manège, mais il n'a pas de mandat de délégué. Il est ici comme membre du groupe parlementaire socialiste. Il s'agit d'ERNEST LAFONT, Député-Maire de FIRMINY ERNEST LAFONT est un avocat, né à LYON en 1879. Il est inscrit au Parti Socialiste depuis 1904, mais c'est en 1912 {à 33 ans} qu'il devient maire de FIRMINY, puis Conseiller Général de la Loire. Député de la 4ème circonscription de la Loire 1914, il sera réélu en novembre 1919.

Lorsque la Chambre des Députés désignera une mission d'information en Russie, au lendemain de la chute du tsarisme (mars 1917), ERNEST LAFONT en fera partie avec MARCEL CACHIN et MARIUS MOUTET. LE 18 avril, cette délégation franco- britannique arrive à PETROGRAD où le Soviet de la ville a hissé un immense drapeau rouge. La délégation ne rencontre pas LENINE, mais elle peut vérifier dans Ies villes, les campagnes russes, mais aussi dans l'armée, la puissance du rnouvement révolutionnaire, la résonance dans les masses populaires du programme des Soviets : le pain, la paix, la liberté. ERNEST LAFONT, marié à une citoyenne russe, retournera en Russie en 1920. Demeurant membre du Parti après le Congrès de TOURS, il est dans les faits, le premier député communiste de la Lolre.
C'est dans la soirée du 29 décembre 1920 qu'interviendra le vote historique que l'on peut considérer comme l'acte de naissance du Parti Communiste Français. La motion CACHIN-FROSSARD que PAUL VAILLANT-COUTURIER a soutenue avec éloquence obtiendra 3 208 mandats contre 1 022 à Ia motion LONGUET - PAUL FAURE. On dénombrera 397 abstentions, parmi lesquelles sont comptées celles des partisans de LEON BLUM. Le discours de ce dernier devant le Congrès montre bien que les minoritaires refusent de s'incliner. BLUM s'est en effet écrié, «...pendant que vous irez courir l'aventure, ii faut que quelqu'un reste garder la vieille maison ». Dès le 30 décembre, BLUM, LONGUET, PAUL FAURE, RENAUDEL et leurs amis se retrouvent à l Hôtel-de-Ville de TOURS. Unissant leurs efforts, ils décident la scission. En fait, ils fondent, en la continuant, la S.F.I.O. "Durant des années, pour garder le Parti en mains, ils n'avaient eu que le mot unité à la bouche. Quand le Parti leur échappa, ils brisèrent son unité. Cette rupture, voulue et préméditée, ils en portent la responsabilité devant l'histoire".

 

 

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Article paru dans le Progrès du 22 janvier 2020

 

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